L'humour anglosaxon a une sacrée réputation de par le monde, je découvre avec délectation qu'elle est loin d'être abusive.

Lorsque je suis arrivée à Dublin, j'avais demandé à Laurie de me parler de l'humour irlandais. Ce que j'avais principalement retenu dans sa description, c'était le style, privilégiant la vanne d'autrui trash à la Stéphane Guillon. Alors que Frédéric Martin est condamné pour avoir fait de l'humour noir sur celui qui était devenu une sorte de buzz marketing créé de toute pièce par la Star Academy, je m'inquiète sur les limites de l'humour français. Je suis un peu rassurée quand j'entends Anne Roumanoff déblatérer de délicieuses ignominies sur le président : le pouvoir en place n'est pas inattaquable.

L'autodérision et le politiquement incorrect sont les deux pièces maîtresses de l'humour des irlandais. Je sais pas vous, mais en ce qui m'opinionne, je trouve qu'envoyer Dustin la Dinde avec "Ireland Douze Pointe" (ils se foutraient de notre tronche que ça m'étonnerait pas !) à l'Eurovision, c'est tout simplement génial.
J'ai également découvert ici une série télé, qui à elle seule illustre beaucoup de choses. Cette série s'appelle Father Ted et c'est tout simplement jouissif. Vous trouverez sur le site internet un petit résumé de l'histoire, pour ceux qui ne parlent pas anglais je fais une petite explication vite fait. Father Ted, prêtre apparemment tout propre sur lui, a l'immense privilège et l'intense joie quotidienne de vivre sur l'île de Craggy Island (équivalent de notre Creuse profonde), avec pour compagnie :
- Father Jack Hackett, vieux prêtre libidineux imbibé d'alcool 24h sur 24h qui possède 4 mots de vocabulaire : Drink, Feck (dérivé de "Fuckk"), Arse (dérivé de "Asss"), Girls. Il aura cependant quelques minutes de sobriété qui donneront une réplique que je trouve culte "don't tell me i'm still on that feckin' island !!!!!"
- Father Dougal McGuire, tout jeune prêtre totalement benêt, il pratique l'art régulier de la remise en cause rationnelle de la religion. C'est donc un adepte des phrases du style "ça serait complètement stupide de croire que la Terre a été formée en 6 jours, hein Ted ?"
- Mrs Doyle est l'unique personnage féminin (qui pourtant n'éveille jamais les sens de Father Hackett, on se demande pourquoi), sa philosophie de vie se résume à cette question : Would you like a cup of tea Father ? Une réponse négative entraînant autant d'agressivement mielleux "go on" qu'il faudra pour convaindre la victime de s'abreuver de thé.
- Un évêque qui se complaît dans à peu près tous les pêchers,
- Un prêtre apparemment "hilarant" mais qui subira diverses morts subites consécutives à un appel téléphonique de Father Ted,
- Une communauté composée, en vrac, d'un couple d'épiciers dont les tentatives d'homicide volontaire mutuel se muent en gestes tendres à l'apparition de Father Ted, d'un pur fruit de la consanguinité de l'île, d'un incalculable nombre de vieilles grenouilles de bénitier prêtes à s'entretuer pour une tasse de thé, et de divers personnages aussi doux et attachants.

J'avoue, ç'en est presque cruel de ma part de vous en parler puisque ça n'a certainement jamais été diffusé en France et ne le sera probablement jamais. Mais j'ai savouré avec un tel plaisir les 3 saisons de Father Ted, que je ne pouvais pas taire leur existence !

Revenons toutefois à l'essentiel sur cette série : elle égratigne -et pas qu'un peu- l'Eglise. Alors moi, naïvement, j'aurais cru que c'était un sujet tellement sensible dans ce pays déchiré par la religion, que l'humour s'y attaquant serait régulé, voire carrément jugulé par l'Eglise elle-même. Or, Father Ted est une satire-plus-cynique-tu-meurs de la prêtrise dans son ensemble. Chaque épisode illustre le pire, y compris des sujets qui en France pourraient presque faire l'objet d'un procès, comme l'homophobie ou le racisme au sein de l'Eglise.
C'est un réel plaisir de voir un pays se moquer autant de lui-même. Ben oui, il existe en Irlande des zones rurales où le niveau d'éducation n'est malheureusement pas toujours élevé, en France on a les mêmes, sauf que les irlandais préfèrent en rire quand nous préférons les ignorer.

Quelques minutes durant, j'ai tenté d'imaginer une série de ce type dans le PAF. Puis j'ai pensé à nos séries courtes à nous, et seule "Plus Belle la Vie" m'est venue à l'esprit... Et finalement j'ai arrêté de penser parce que ça faisait mal.