La météo irlandaise de décembre est une garce. Quand elle vous ouvre les bras le matin, acceptez le câlin à vos risques et périls, car elle va essayer de vous étouffer l'après-midi.

Samedi 1er décembre s'annonçait comme une radieuse journée. Je quittais la maison, la fleur au fusil -malgré mon rhume et l'heure matinale- pour mon premier cours d'anglais (dans cette école, une des dizaines d'écoles d'anglais de Dublin, que j'ai préférée aux autres pour ses cours du samedi matin). J'avoue, j'étais quelque peu stressée, je ne savais pas à quoi m'attendre et je redoutais de ne pas avoir le niveau du cours "Advanced" où j'ai été placée suite à mon test d'entrée ; je suis si modeste. {Au passage, pour ceux que ça intéresse, je prépare le niveau CAE de l'exam du Cambridge qui est très apprécié des entreprises}

J'ai fait mon petit bout de chemin jusqu'à la gare d'un pas vif, papotant avec ma môman (qui n'a rien d'autre à faire le samedi matin que la bonne blague du "tu me réveilles" ah ah ah), profitant d'un lubrique lever de soleil pile entre les deux collines de Howth, d'un ciel bleu sans nuage uniquement teinté du splendide camaïeu de couleurs chaudes dont le parait l'aurore (quelle naïve...) et d'un petit vent frais ravigotant (mais quelle naïve !!!!!). Mon train est arrivé à l'heure (comme toujours d'ailleurs), et moi de même.

Mon cours d'anglais, même si ce n'est pas l'objet du post (qui n'a d'ailleurs pas vraiment de sujet principal...), s'est très bien passé. J'ai eu un professeur sympathique et bavard que je voyais pour cette seule et unique leçon. Souvenez-vous il y a quelques temps, je m'inquiétais de l'américanité de mon accent. Non pas que j'eusse encore un doute sur ma manière de prononcer les R, mais s'il m'en était resté un, il aurait succombé radicalement samedi dernier sous le coup de grâce d'un New-Yorker... Car oui. Un New-Yorkais pure souche m'a dit que j'avais un accent sans nul doute américain. S'il me fallait une preuve définitive et sans appel, qu'imaginer de mieux que cela ? Contrairement à mes supputations anti-américanistes primaires, j'éprouve une certaine fierté à l'idée qu'un anglophone qui m'écoute n'entend pas mon accent français en premier. Au moins j'ai le choix, je peux profiter de la réputation française à l'étranger et prendre l'accent franchouillard si ça me chante, mais je peux aussi passer pour quelqu'un qui maîtrise la langue !

Pour revenir au fil de mes moutons, après mon cours d'anglais (au fait j'vous ai pas dit, on était 3 !), enguillerettie par le soleil (toujours là à ce moment, suivez bien ça va aller vite), j'ai décidé de faire mon shopping d'attrape touristes prévu-depuis-longtemps-et-qui-commencait-à-urger-vu-que-je-rentre-dans-2-semaines. Pour ça, dans le quartier j'ai le choix, il y a 6 boutiques Carroll's dans un rayon de 100 mètres (et je vous parle bien UNIQUEMENT de cette zone de Pi fois 100²). Je fais donc le plein de trucs verts à trèfles puis repars d'un pas toujours vif (je ne me suis pas départie de ma démarche de parisienne...) afin de faire un saut de puce à la foire de l'école de Cillian comme promis. En sortant de la gare, le ciel était nuageux, mais rien de bien méchant (stade avancé de l'ingénuité). Cela faisait maintenant 5 inteeeeeeeerminables heures que j'avalais ma morve avec force bruits raffinés de reniflements ou bien l'essuyait discrètement sur ma manche (je suis un petit être délicat moi oui farpaitement) parce que j'avais pas pris de mouchoirs vu que j'en avais plus et que le sopalin ça irrite. J'ai donc entrepris un double saut de puce, avec passage chez Superquinn sur le chemin de la foire de l'école (je pouvais plus attendre le passage en caisse pour ouvrir mon paquet de mouchoirs... la caissière m'a demandé si j'allais bien...).

Pour ceux qui ont du mal à visualiser, pensez qu'à l'instant I où je sortais du supermarché, j'avais avec moi : mon sac à main, des attrape-touristes pour toute la famille, ma mallette de cours d'anglais, quelques machins-trucs supplémentaires fraîchement achetés (dont 2 scones, j'adoooore les scones). Malgré le temps couvert (à ce stade c'est plus de la crédulité, c'est de la connerie), je me dirige vers l'école, fais le tour des stands, il était 15h30 je crois, c'était la fin. Je repars alors.

Le temps de faire 20 mètres à contre-vent, et je recevais mes premières gouttes de pluie. Imaginez une goutte de pluie de température et taille normales. Ajoutez-lui l'accélération résultant de la poussée d'une rafale de vent et calculez alors sa température perçue dans le cas d'une collision avec un corps organique (moi, mon visage, mes jambes). Arrivée à 50 mètres de la gare, sans doute poussée par le désespoir (pas par le vent, ça c'est sûr), je tente sans succès d'ouvrir mon parapluie. Enfin soyons plus exacte. Misérablement abritée derrière un muret, je l'ai ouvert. J'ai même réussi à faire "clic" pour le maintenir ouvert. Seulement le vent l'a refermé, mais sans le dé"clic"er. Bref, ça a été toute une histoire, pendant laquelle j'ai bien du parcourir 10 bons mètres, me rapprochant subrepticement de la perspective d'abri qu'allait m'offrir la gare. {L'idée d'avoir un comportement subreptice en pleine tempête me rend intérieurement hilare}

Juste après la minute d'exposition à un gros grain (pas de riz ni de maïs, c'est pas le moment de faire de l'esprit !!!) suffisante pour être soigneusement trempée, j'ai atteint la gare. Je vous épargne la narration de mes 5 minutes d'attente, passées à regarder la pluie battante par la fenêtre en pléxi.

Tous mes sacs dans les mains, sur les épaules et sous le bras, déjà trempée, et passablement gelée, le nez coulant, et ma boîte à mouchoirs commençant à percer dangereusement de ses angles le sac en papier où elle se trouve ; j'ai estimé ne plus avoir grand chose à perdre à repartir à l'assaut des alizés sitôt la première accalmie venue. Là encore, je vais vous exempter de mes 30 dernières minutes de marche. Surtout les 10 toutes dernières... durant lesquelles j'étais penchée à 45° pour ne pas m'envoler, je jurais comme un charretier (contre le vent, la pluie, le climat, les dieux météorologiques en général), je sentais les muscles de mes membres antérieurs me lâcher les uns après les autres (je me tortillais donc pour faire bouger mes sacs) tout en perdant progressivement la sensibilité au niveau des cuisses.

Vous pensez que c'est fini ? Que je vais arriver à la maison, me réchauffer tranquillement avec un thé et me mettre en pyjama polaire ? Noooooon. Moi j'ai trouvé plus malin et plus radical pour retrouver ma température corporelle de mammifère, de prendre un bain bien chaud. Mais ça c'était sans compter que notre ballon d'eau chaude n'en fait qu'à sa tête ! Et là vous vous dites "elle s'est fait couler un bain froid, elle a arrêté". Et bah noooooooon. Comme mon bain était tout de même un peu tiédasse, futée je me dis "tiens mais je vais faire bouillir un peu d'eau avec la bouilloire électrique qui contient 1,6 litres ! 3-4 litres devraient suffire"...

Ma journée a donc fini en montée-descente pathétiques d'escalier (pas un, mais deux) que je n'ai même plus eu le coeur de compter une fois arrivé à 6 et en bain tiède i-dé-al pour un rhume dans lequel j'ai tenu 9 minutes (quand même !!).

Heureusement que j'avais tous mes achats à redécouvrir en les étalant sur mon lit.


Message personnel : Aujourd'hui ma petite soeur a 20 ans. Une occasion de lui rappeler que je l'aime plus que tout et que je serai toujours toujours toujours là pour elle.