Cela fait maintenant une semaine qu'Halloween est passé, il est temps que je vous en parle.

Ici en Irlande, pays celtique, donc païen dans l'âme (mais quand ce sont-ils encombrés des religions bon sang... ? Un coup des anglais ça encore), cette fête était jusqu'à il y a peu de temps, traditionnelle. Pour vous situer mon "il y a peu de temps", je parle de l'enfance de Laurie qui a la trentaine et des poussières. Il y a donc une vingtaine d'années, Laurie-Enfant recevait des oranges, fabriquait elle-même son costume (comprenez "maman se cassait le dos à lui préparer un costume fait-main") et récoltait ses "treats" dans un simple sac.

P1000829En 2007, voilà un exemple de costume. Cillian et Alicia étaient habillés en pirates (costumes estampillés "Pirates of the Caribbean" bien évidemment), et tous les gosses que j'ai vus avaient des tenues loin d'être élaborées de bric et de broc. Sans parler des sacs de ramassage, en forme de citrouille ou bariolés de couleurs criardes. Bref, comme apparemment toutes les fêtes sont vouées à le devenir en ce siècle de la consommation (et oui, moi je dénonce), Halloween est un terrain de choix pour le merchandising (dis la fille qui veut entrer en master Marketing).

Mais mon Halloween à moi, tout commercial fut-il, avait cela de magique que c'était mon premier (Je ne compte pas bien sûr, ces deux années pa-thé-tiques où les Super-Industriels-Américains-Trop-Puissants ont voulu nous envoyer, en plus de leurs séries, leurs blockbusters, leurs acteurs canons, leurs PC et leur Coca, leur fête à la con qu'ils savent même pas pourquoi ils la fêtent). Entrer dans les habitudes de consommation, créer le besoin, envahir les fertiles salles de cinéma françaises c'est une chose, mais pour intégrer dans les esprits gaulois une nouvelle coutume et en faire une routine annuelle il va falloir se lever tôt les mecs.

Je m'éloigne de mon sujet.

Mon Halloween, je l'ai célébré dans un environnement particulièrement singulier. Un environnement qui mêlait la nouveauté et un petit air de déjà vu : une famille franco-irlandaise. Maman française, papa irlandais, fistons métissés. De nombreuses maisons du quartier sont décorées, ce sont celles-là qui attireront les enfants dans leur quête... ! Je ne saurais exprimer ce délicat soulagement sur mon organe céphalique et cette liberté d'esprit que je ressens lorsque je peux parler français (même mêlé à l'anglais). Ma langue maternelle me procure à présent une sorte de pouvoir, de self-contrôle qui me rend plus confiante (effet secondaire insoupçonné de mon séjour en Irlande).

Je ne saurais dire si la maman française a changé au contact des irlandais, mais elle a cette espèce de rudesse dans la convivialité que j'attribuerais plutôt à la France. Grands gestes, parler franc (c'est pas pour rien qu'on est des français), mise à l'aise immédiate. A l'occasion de cette Halloween Party, la famille avait préparé des tricks desquels les enfants devaient s'acquitter pour espérer obtenir leurs treats ! Tel est pris qui croyait prendre : en effet, les petits monstres chercheurs de bonbons sonnent aux maisons et en assomment d'un tonitruant trick or treat !!! les gentils occupants coopératifs. Littéralement, trick = farce, blague et treat = gâterie (le mot anglais s'applique aux enfants, la traduction en français est un peu olé-olé, mais j'y peux rien si le mot a été utilisé n'importe comment...).

Voici les tricks qu'ils "subissaient" chez nous :
- Le bol de jelly (gelée) dans lequel ont été plongées des pièces de monnaies (contrairement à ce qui est escompté, les enfants les plus jeunes adôôôôrent mettre leurs mains dans la jelly... c'est super... de la jelly jusqu'aux coudes, c'est pas chiant du tout à nettoyer),
- Trois bols retournés où se cachent une araignée, un poo en plastique et un super tatoo (ils embarqueraient bien la fausse crotte et l'araignée en plastique les mioches),
- La fameuse bassine d'eau et ses pommes à attraper sans les mains (veillez à ce qu'ils ne se noient pas ou, le cas échéant, perpétrer le crime parfait),
- Toujours les pommes à attraper sans les mains, mais cette fois suspendues à un fil (pensez au petit tapis moelleux pour leurs petits genoux fragiles),
- Et enfin le jeu de la sorcière (qui en fait est un épouvantail - scarecrows, l'anglais est plus descriptif que voulez-vous) où, les yeux bandés, vous devez planter dans une citrouille 5 pièces de bois pour reconstituer un épouvantail. Vous êtes si malins que vous aurez deviné qu'il a une tête, deux bras et deux jambes (et non, je n'ai aucun commentaire cynique à rajouter, quoi que... les piques à planter dans la citrouille... non non bon très bien).

J'ai participé à la tournée de détroussement glucidique du voisinage, qui a été fort plaisante. Les enfants sont surexcités mais ça fait plaisir de les voir. Nous avons fini la soirée en allant chercher d'autres voisins tout aussi chaleureux et en buvant un dernier verre à la maison (pour moi : empêcher Alicia de faire des ablutions dans le bol de gelée).

Jusque-là, tout allait bien.

Mais le pire restait à venir.

Suspence.

Bah quoi c'est Halloween, on est sensé regarder des films d'horreur ce jour-là, moi j'ai regardé Monster House avec les gosses, ça va bien hein.

Bon chuis dans la mouise maintenant parce que vous attendez un truc sensationnel.

Le lendemain, je les avais pour toute la journée les deux marmots. Il me faut préciser à présent que, et c'était certes pas de chance, Cillian avait un tummy bug -comprenez "la courante"- depuis 5 jours. NO FOOD. Car tout ce qui entrait était évacué une heure après avec force spasmes intestinaux. {apparemment ici c'est habituel les tummy bugs... j'ai passé d'ailleurs une super nuit en octobre... moi qui n'avais jamais eu la moindre gastro...}
Et ben allez lui expliquer que c'est pas parce qu'il va un peu mieux qu'il peut bouffer un paquet de pop-corn et que, oui, les marshmallows c'est léger, mais, non, c'est pas bien pour le bidon. Et même à la non-souffrante, allez lui dire qu'elle peut pas manger 50 bonbons même si elle en a 500 sous les yeux. Et coltinez-vous le passage de revue de tous les bonbons, sucettes, marshmallows, fils acidulés, pailles, trucs gluants, chips et pop-corn 3 fois dans la journée (sachant qu'il dure 20 minutes). Ah la vache ! J'étais vannée à force de luttes à la fin de la journée...

Encore une idée de cons ça oui !!!

J'aurais aimé conclure sur une note positive cette ode à Halloween, mais, indépendamment du fait que j'ai passé une excellente soirée, je trouve que cette hypersécrétion d'insuline -mis à part son utilité pour dépister les diabétiques, trouvez ceux qui sont en coma glucidique-, c'est ridicule. Les enfants adorent ça, et c'est une occasion pour eux de s'amuser en se déguisant. Mais moi, 23 ans, adulte, et détestant tout ce qui est glauque, je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir l'ancestral côté macabre de la fête.

Me dites pas que j'ai perdu mon âme d'enfant, j'ai construit des légos avec Cillian, fait des bulles de savon dans le bain (mon bain pas le leur !!) et quand je vais pas bien je fais venir mon ami imaginaire.